Alors que personne ne croyait en son idée, Walt Disney inventa le dessin animé moderne avec Blanche-Neige en 1937. Près de 60 ans plus tard, c’est au tour de John Lasseter de réaliser le même tour de force, tout en faisant à la même défiance, en signant le premier film d’animation entièrement en images de synthèse avec Toy Story (1995). Entre les deux, le studio Pixar et une drôle de petite lampe qui allait changer à tout jamais notre regard sur l’animation.
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L’histoire du studio Pixar et de son logo est intimement liée à la destinée de celui qui est aujourd’hui directeur de Walt Disney Feature Animation, et que beaucoup considèrent comme le père de l’animation numérique, John Lasseter : « Je me suis intéressé très tôt à l’animation, explique-t-il. Je passais de longues heures étant gamin à regarder des dessins animés, et plus particulièrement ceux de Walt Disney. Un jour j’ai trouvé dans une bibliothèque le livre de Bob Thomas, The Art of Animation, ainsi qu’un autre ouvrage entièrement consacré au film Disney, La Belle au Bois Dormant. C’est là que j’ai réalisé que des adultes travaillaient à créer tous ces dessins animés. Et c’est au sortir d’une projection du Merlin l’Enchanteur de Disney que j’ai su ce que je voulais faire : travailler pour Walt Disney ! » .
Le numérique s’anime
Après une candidature spontanée envoyée chez Disney à l’âge de 12 ans, John Lasseter suit les cours du California Institute of the Arts où il rencontre Brad Bird et Tim Burton. Suite à un premier emploi comme conducteur de bateau dans un Disneyland, il est engagé comme animateur chez Walt Disney Pictures en compagnie de Tim Burton en 1981. Ils intègrent l’équipe du film Rox et Rouky, puis Lasseter rejoint celle du Noël de Mickey : « Pendant que je travaillais sur ce dessin animé, une autre équipe œuvrait à la conception du film Tron, raconte-t-il. En voyant les premières images, j’ai été subjugué par les possibilités de l’animation par ordinateur. Aussitôt j’ai voulu m’essayer à la chose et j’ai commencé à bidouiller quelques images. » Quelques mois plus tard il rejoint le Lucasfilm Computer Graphics Group, une division d’Industrial Light & Magic (ILM), spécialisée dans l’imagerie numérique créée en 1979. En 1986, Lucasfilm décide de se débarrasser de ce département en le vendant à Steve Jobs, co-fondateur d’Apple, pour 10 millions de dollars. Steve Jobs baptise ce nouveau studio Pixar, combinaison des mots « Pixels » et « Art » : « Lorsque nous sommes devenus Pixar, Steve Jobs voulait que pour notre première année nous ayons quelque chose de nouveau à proposer au SIGGRAPH. Nous devions créer un court-métrage en images de synthèse afin de promouvoir à la fois notre savoir-faire, notamment dans les effets d’ombre, et notre logiciel RenderMan utilisé dans la génération d’images photoréalistes. »
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Tête d’ampoule
L’équipe en charge de la création de ce court-métrage travaille sur plusieurs idées en parallèle (chaises de plage, vagues dans l’océan). Lorsque John Lasseter dû choisir un modèle, il chercha un objet à porter de main et décida de dessiner sa lampe d'architecte de la marque Luxo : « Un jour, un ami est venu me rendre visite avec son bébé. Quand je suis retourné sur ma table de travail, je me suis demandé à quoi pourrait bien ressembler un bébé lampe. J’ai redimensionné les différentes parties de la première lampe pour les diminuer, à l’exception de l’ampoule que j’ai laissé de la même taille car c’est quelque chose qu’il faut acheter en magasin, elle ne grandit pas avec la lampe ! L’histoire s’est affinée en cours de production. Nous l’avons terminé à temps pour le SIGGRAPH ‘86 où les réactions du public furent phénoménales. »Titré Luxo Jr., le court-métrage d’une durée de deux minutes trente met en scène deux lampes sur un bureau, la plus petite jouant avec une balle : « Au terme de la projection, Jim Blinn, un des pionniers dans le domaine de création numérique, est venu me voir en me disant qu’il avait une question. J’ai tout de suite pensé qu’il allait me parler d’algorithmes complexes et de tous ces trucs auxquels je ne comprenais pas grand-chose. C’est alors qu’il m’a demandé si la grande lampe était le père ou la mère ! C’est une question amusante qui m’a démontré que j’étais parvenu à faire oublier la technique au profit d’une vraie histoire et de personnages attachants. Et pour répondre à cette interrogation, j’ai toujours vu cette lampe comme « le père » qui invite son enfant à vivre une expérience nouvelle. » Reste que cette approche créative, voulant que les personnages et l’histoire soient au cœur de la conception d’un film, est toujours en vigueur sur l’ensemble des productions Pixar, ce qui en explique sans doute l’immense succès.
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Luxo Jr. fut un immense succès public et critique, largement salué aux quatre coins du monde, jusqu’à être nominé l'année même pour l’Oscar du meilleur court-métrage d'animation, premier film en image de synthèse admis dans cette catégorie. Impressionnant sur le plan technique, Luxo Jr. est un véritable tour de force en matière d'images de synthèse avec effets d'ombres et de lumières, les ombrages n'étaient pas réalisés par des textures mais bien calculés par des shaders. A noter aussi l’énorme travail au niveau des mouvements et de la gestion des articulations des lampes. Enfin en guise de clin d’œil, le final montre huit planches remerciant les auteurs, accompagnées de diverses illustrations montrant les étapes créative (silhouette, rasterisation, Shader).
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La vie au numérique
Au lendemain de la projection, Edwin Catmull, co-fondateur du studio Pixar, déclarait : « Luxo Jr. a bouleversé l'industrie de l'animation traditionnelle et assistée par ordinateur. En ce moment, la plupart des artistes sont effrayés par l'ordinateur. Ils n'ont pas encore réalisés qu’il s’agit simplement d’un outil différent dans la palette de l'artiste, et le perçoivent comme une robotisation qui mettrait en danger leur travail. Heureusement cette attitude a totalement changé depuis que l'ordinateur personnel s'est invité dans les foyers. La sortie de Luxo Jr. a renforcé cette opinion dans notre communauté professionnelle. » Plus de 20 ans plus tard, les artistes ont désormais bien du mal à ne pas utiliser un ordinateur, la création numérique étant presque devenue une norme autour de laquelle s’articule d’ailleurs un magazine comme le nôtre. Les enfants de la balle
Face à l’engouement suscité par Luxo Jr., le studio Pixar – officiellement racheté par Disney en 2006 – l’adopte rapidement comme sa mascotte et l’intègre à son logo. Désormais il vient remplacer la lettre « I » du logo original, certains héros des films Pixar venant parfois jouer avec lui (Wall-E, Cars). En outre le balle, comme Luxo, apparaissent dans diverses productions Pixar dont Toy Story, Monstres et Cie, Red's Dream ou Jack-Jack Attack. Au final, et si le logo Pixar n’a subit aucune modification depuis sa création en 1986 et n’a rien de vraiment spectaculaire, c’est bien la présence de Luxo Jr. qui fait toute la différence. Incarnant le renouveau de l’animation, il marque une étape décisive, une sorte de chaînon manquant entre la génération Blanche-Neige et celle de Toy Story. Une petite lampe pour illuminer le chemin d’une créativité toujours plus surprenante ? Il fallait y penser.
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Vous voulez en savoir plus ?
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Après une exposition au Museum of Modern Art de New York visant à célébrer les 20 ans du studio en 2006, Pixar a fait l’objet d’un livre en forme de rétrospective couvrant la période allant de sa création à au début 2007. Titré To Infinity and Beyond ! : The Story of Pixar Animation Studios et lourd de 320 pages, il est disponible aux éditions Chronicle Books en langue anglaise. Véritable mine d’informations, parsemé d’humour, de nombreuses illustrations et d’innombrables anecdotes, il reste à ce jour la référence incontournable sur l’histoire du studio. L’unique regret tient dans le fait que le livre s’achève au moment du rachat officiel par Disney. Mais avant cela, l’aventure est déjà magnifique et au-delà !















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